LLC ou C Corp : quand la question se pose vraiment
Pour la grande majorité des entrepreneurs francophones qui nous consultent, la LLC est le bon choix — et cet article le confirmera probablement. Mais il existe trois situations, bien identifiées, où la C Corporation devient la structure pertinente, voire la seule possible. Les distinguer clairement évite deux erreurs symétriques : passer à côté d'une structure adaptée, ou en choisir une plus lourde sans en tirer le bénéfice.
En résumé
Une LLC (Limited Liability Company) est fiscalement transparente : elle ne paie pas d'impôt fédéral, ses bénéfices remontent vers ses membres. Une C Corporation est imposée en son nom propre au taux fédéral de 21 %, puis distribue d'éventuels dividendes à ses actionnaires.
Les deux structures sont ouvertes aux non-résidents, sans condition de nationalité ni de visa, et se constituent à distance. Pour un freelance, un consultant ou un vendeur en ligne, la LLC couvre l'essentiel des besoins. La C Corporation devient pertinente dans trois situations précises : une levée de fonds, une résidence au Canada, ou une activité disposant d'une substance américaine réelle.
LLC ou C Corporation : la différence en une phrase
Une LLC est par défaut fiscalement transparente : elle ne paie pas d'impôt fédéral en son nom, ses bénéfices remontent vers ses membres qui les déclarent selon leur propre situation. Une C Corporation est une entité imposée pour elle-même, au taux fédéral de 21 %, qui dépose une déclaration complète et distribue ensuite d'éventuels dividendes à ses actionnaires.
Cette distinction en entraîne une autre, plus concrète. Une LLC répartit des « intérêts sociaux » définis par un contrat interne librement rédigé. Une C Corp émet de véritables actions, avec un conseil d'administration, des procès-verbaux et une table de capitalisation. C'est cette mécanique qui explique la plupart des cas d'usage ci-dessous.
| LLC | C Corporation | |
|---|---|---|
| Imposition fédérale | Transparente — rien au niveau de la société | 21 % sur le bénéfice de la société |
| Déclaration IRS | Form 5472 + 1120 pro forma (formulaire allégé) | Form 1120 complet, avec calcul d'impôt |
| Distribution aux non-résidents | Pas de retenue spécifique en statut non-ETBUS | Retenue de 30 %, ramenée à 15 % pour un résident français par la convention |
| Capital | Parts sociales, contrat libre | Actions, gouvernance formalisée |
| Investisseurs institutionnels | Non retenue | Standard du marché |
Cas 1 — Vous prévoyez une levée de fonds : la C Corp Delaware s'impose
C'est le cas le plus net, et il ne comporte aucune ambiguïté fiscale : les fonds de capital-risque n'investissent pas dans une LLC. Leur mécanique repose sur des actions préférentielles, des plans d'options pour attirer les talents et une table de capitalisation lisible par tous les acteurs du secteur. La C Corporation du Delaware fournit tout cela nativement ; la LLC ne le reproduit pas.
Si une levée institutionnelle figure à votre horizon à court ou moyen terme, la question est tranchée d'avance. Il est alors nettement préférable de constituer directement la bonne structure : la conversion ultérieure d'une LLC en C Corp est possible, mais elle constitue un événement fiscal et engendre des frais juridiques réels. Autant partir sur la structure que vos futurs investisseurs attendent.
Une nuance qui compte : levée de fonds ≠ recherche de clients
Beaucoup d'entrepreneurs pensent « investisseurs » alors qu'ils cherchent en réalité des clients, des partenaires commerciaux ou un financement bancaire. Aucun de ces trois besoins n'exige une C Corp — une LLC bien constituée y répond parfaitement. La C Corp devient nécessaire lorsque quelqu'un doit entrer à votre capital, ce qui est un projet très différent.
Cas 2 — Vous résidez au Canada ou au Québec
Ce cas est peu connu et pourtant décisif. Comme nous le détaillons dans notre guide consacré aux résidents canadiens, l'administration fiscale canadienne ne retient pas la transparence de la LLC : elle la considère généralement comme une société. Le même véhicule est donc vu comme transparent d'un côté de la frontière et comme une société de l'autre — c'est la situation dite d'entité hybride, encadrée par les paragraphes 6 et 7 de l'article IV de la convention Canada-États-Unis.
La C Corp fait disparaître le décalage
Une C Corporation est une société pour l'IRS et une société pour l'administration canadienne. Les deux administrations qualifient l'entité de la même manière, ce qui supprime à la source le problème d'entité hybride et rend le traitement des flux nettement plus lisible.
Pour un résident canadien qui souhaite une structure américaine durable, c'est souvent la voie la plus simple à long terme. Le chiffrage précis reste à valider avec un fiscaliste exerçant au Canada, comme pour toute décision de cette nature.
Cas 3 — Votre activité a une substance américaine réelle
Troisième situation : une activité qui existe véritablement aux États-Unis. Une équipe sur place, des locaux, des décisions prises localement, une clientèle américaine servie depuis le territoire. Une entreprise, au sens plein.
Dans ce cadre, la logique fiscale de la C Corp reprend tout son sens : les bénéfices réinvestis dans l'entreprise sont imposés à 21 % au niveau fédéral et rien ne remonte vers l'actionnaire tant qu'aucun dividende n'est distribué. Pour une société en croissance qui finance son développement par ses propres résultats, c'est un cadre cohérent et parfaitement classique.
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Un argument circule beaucoup dans les contenus francophones : un résident français fortement imposé aurait intérêt à loger son activité dans une C Corp pour « plafonner » son imposition à 21 % en conservant les bénéfices dans la société, plutôt que de les voir remonter dans son revenu personnel.
Le calcul arithmétique est juste. Mais il repose sur une hypothèse rarement vérifiée chez un travailleur indépendant, et mieux vaut le savoir avant de s'engager que de le découvrir ensuite.
Deux points à évaluer, indépendants de la structure choisie
L'article 155 A du CGI. Lorsqu'un résident français exécute personnellement les prestations facturées par une société étrangère, l'administration peut réimposer ces sommes en France. Ce mécanisme ne dépend pas de la forme juridique : il s'applique à une C Corp exactement comme à une LLC.
Le siège de direction effective. Une société dirigée depuis la France, sans réalité opérationnelle à l'étranger, peut être regardée comme ayant sa direction effective en France — et donc comme relevant de l'impôt français sur les sociétés. Le plafonnement à 21 % ne tient alors plus.
Autrement dit : la C Corp est un excellent outil pour une activité qui a une substance américaine, et un mauvais raccourci pour un consultant qui travaille depuis Paris. Ce n'est pas la structure qui crée la substance.
Et l'article 123 bis du CGI ?
C'est la question que posent les lecteurs les mieux informés. Ce dispositif permet d'imposer un résident français sur les bénéfices non distribués d'une entité étrangère qu'il contrôle. Dans le cas d'une C Corp d'exploitation, il ne trouve en principe pas à s'appliquer, pour trois raisons distinctes :
- Le dispositif vise les entités dont l'actif est principalement composé d'actifs financiers — valeurs mobilières, créances, dépôts. Une société d'exploitation n'entre pas dans cette catégorie.
- Le caractère de régime fiscal privilégié s'apprécie par renvoi à l'article 238 A, avec un écart de 40 % ou plus par rapport à l'imposition française de droit commun. Le taux fédéral de 21 % se situe au-dessus de ce seuil.
- Une clause de sauvegarde réserve l'application du dispositif aux montages artificiels lorsque l'entité est établie dans un État lié à la France par une convention d'assistance — ce qui est le cas des États-Unis.
Chaque situation s'appréciant selon ses faits propres, ce point se confirme avec un professionnel avant toute mise en place. Nous le signalons parce qu'il revient systématiquement, et qu'il vaut mieux l'aborder de front.
Créer une C Corp au Delaware : ce que cela implique au quotidien
Rien d'insurmontable, mais le rythme annuel diffère de celui d'une LLC et mérite d'être connu à l'avance.
- Une vraie déclaration fiscale. Là où une LLC de non-résident dépose un Form 5472 accompagné d'un 1120 pro forma largement allégé, la C Corp produit un Form 1120 complet, avec comptabilité et calcul d'impôt. Nous prenons ce volet en charge avec notre partenaire CPA américain.
- La franchise tax du Delaware. Elle se calcule selon deux méthodes, et le nombre d'actions autorisées fixé lors de la constitution détermine laquelle s'applique. Un paramétrage inadapté au départ peut produire une facture élevée pour une société sans activité — c'est un point que nous réglons au moment de la création, où il ne coûte rien.
- La gouvernance. Conseil d'administration, procès-verbaux, registre des actionnaires. Formalités légères une fois en place, mais à tenir régulièrement.
Nous constituons les deux structures
Un mot sur notre périmètre, parce qu'il n'est pas partagé par tous les cabinets francophones : nous constituons aussi bien les LLC que les C Corporations, et nous assurons la conformité annuelle des deux — Form 5472 et 1120 pro forma pour la LLC, Form 1120 complet pour la C Corp, ce dernier avec notre partenaire CPA américain.
Concrètement, notre recommandation n'est pas contrainte par ce que nous savons faire. Plusieurs acteurs du marché ne traitent que la LLC et réorientent vers un tiers dès qu'une C Corp est nécessaire ; nous préférons vous dire quelle structure correspond à votre projet, puis la mettre en place.
Pour la majorité, la LLC reste le bon choix
Si vous êtes freelance, consultant, vendeur en ligne ou créateur, que vous travaillez depuis votre pays de résidence et que vous cherchez à encaisser en dollars, accéder à Stripe ou aux marketplaces américaines et gagner en crédibilité auprès de clients internationaux : la LLC répond à tous ces besoins, avec une conformité annuelle plus légère et un coût de fonctionnement inférieur.
Ajouter une couche d'imposition à 21 % au niveau de la société n'aurait, dans ce cas, aucune contrepartie. C'est d'ailleurs pour cela que la LLC reste notre recommandation dans la grande majorité des dossiers que nous traitons.
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Demander un devis gratuit Réserver 30 minArticle à visée informative, à jour des textes et informations publiés à sa date de rédaction. Les qualifications fiscales évoquées — application de l'article 155 A du CGI, siège de direction effective, champ de l'article 123 bis du CGI, traitement des dividendes au titre de la convention France-États-Unis — dépendent des faits propres à chaque situation et peuvent évoluer. NB Consulting intervient sur la structuration américaine et la conformité IRS ; l'analyse fiscale dans votre pays de résidence relève d'un professionnel exerçant dans ce pays, vers lequel nous vous orientons lorsque le dossier le justifie.