En bref
- La convention fiscale signée le 31 août 1994 répartit le droit d'imposer entre la France et les États-Unis. Elle évite qu'un même revenu soit imposé deux fois ; elle ne crée pas de revenus imposés nulle part.
- Pour un résident fiscal français dont la LLC n'a pas d'établissement stable aux États-Unis, les bénéfices de l'activité sont imposables en France seulement (article 7).
- Une LLC à associé unique n'est pas « résidente » au sens de la convention : c'est vous, son associé, qui l'êtes, en France ou ailleurs.
- La convention sert surtout dans trois cas : départager une double résidence, réduire la retenue américaine sur dividendes ou redevances, et organiser l'échange d'informations entre administrations.
Ce que fait une convention fiscale, et ce qu'elle ne fait pas
Chaque État applique d'abord sa propre loi fiscale. La France impose ses résidents sur l'ensemble de leurs revenus, d'où qu'ils viennent (article 4 A du CGI) ; les États-Unis imposent leurs citoyens et résidents, ainsi que les revenus d'origine américaine des non-résidents. Quand ces deux logiques visent le même revenu, la convention tranche : elle dit lequel des deux États peut imposer, et comment l'autre élimine la double imposition.
Elle ne fait jamais l'inverse. Une convention ne crée pas d'exonération dans votre pays de résidence pour un revenu que l'autre État n'impose pas. C'est le malentendu le plus répandu sur les LLC : « la LLC ne paie pas d'impôt aux États-Unis, la convention empêche la France de l'imposer, donc personne ne l'impose ». Le raisonnement est faux à chaque étape, comme le montre la suite.
Qui est « résident » : vous, pas votre LLC
L'article 4 de la convention définit le résident d'un État comme la personne qui y est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction, de son siège social ou d'un critère analogue. Il ajoute que les partnerships et les entités fiscalement transparentes ne sont résidents que dans la mesure où leurs revenus sont imposés dans cet État comme revenus d'un résident, à leur niveau ou à celui de leurs associés.
Une LLC à associé unique détenue par un non-Américain est ignorée par l'IRS : ses revenus ne sont imposés aux États-Unis comme revenus d'un résident ni au niveau de la LLC, ni au niveau de son associé non américain. Elle n'est donc pas résidente des États-Unis au sens de la convention. La personne dont la résidence compte, c'est vous.
Si vous êtes à la fois considéré comme résident par la France et par les États-Unis, cas rare pour nos clients mais réel pour les titulaires d'une carte verte ou les personnes qui partagent leur vie entre les deux pays, l'article 4 prévoit des critères successifs pour vous départager : foyer d'habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité.
Les bénéfices de votre LLC : imposables là où vous résidez
Selon l'article 7, les bénéfices d'une entreprise d'un État ne sont imposables que dans cet État, sauf si l'entreprise exerce son activité dans l'autre État par l'intermédiaire d'un établissement stable. L'article 5 définit l'établissement stable comme une installation fixe d'affaires par laquelle l'entreprise exerce tout ou partie de son activité : un siège de direction, une succursale, un bureau, un atelier.
Pour un consultant, un développeur ou un formateur qui travaille depuis la France et facture via sa LLC, sans bureau ni salarié aux États-Unis, il n'y a pas d'établissement stable américain. Les États-Unis n'imposent pas cette activité, et la France l'impose comme elle imposerait l'activité de n'importe lequel de ses résidents. Il n'y a donc pas de double imposition à éliminer, et pas de crédit d'impôt à espérer.
Comment la France l'impose : une question de droit français
La convention dit que la France peut imposer ; elle ne dit pas comment. La qualification de vos revenus (bénéfices non commerciaux, bénéfices de société, distributions) relève du droit français. Le juge compare la LLC aux formes de sociétés françaises ; dans sa décision du 12 novembre 2025 (Carmejane), le Conseil d'État a jugé la limitation de responsabilité des associés déterminante et assimilé la LLC en cause à une SAS soumise à l'impôt sur les sociétés. Par ailleurs, l'article 155 A du CGI permet d'imposer directement à votre nom les sommes perçues par une structure étrangère que vous contrôlez en contrepartie de vos services. Notre article sur la fiscalité des LLC détaille ces points.
Quand la convention change vraiment quelque chose
Les revenus de source américaine soumis à retenue. Dividendes d'actions américaines, intérêts, redevances (droits d'auteur, licences, certaines rémunérations de plateformes) : les États-Unis appliquent par défaut une retenue à la source, que la convention permet de réduire, voire de supprimer selon le revenu. C'est le rôle du formulaire W-8BEN que vous remettez à la banque, au courtier ou à la plateforme : notre article W-8BEN ou W-8BEN-E explique lequel remplir quand vous détenez une LLC. Lorsqu'un impôt américain a été prélevé conformément à la convention, la France accorde un crédit d'impôt, plafonné à l'impôt français correspondant à ces revenus (article 24).
La double résidence. Si les deux États vous considèrent comme résident, les critères de l'article 4 désignent celui qui l'emporte pour l'application de la convention.
L'échange d'informations. La convention organise l'assistance administrative entre les deux administrations : l'administration française peut demander des informations sur un compte ouvert aux États-Unis. L'échange automatique prévu par l'accord FATCA de 2013 est plus limité côté américain, mais il ne change rien à vos obligations déclaratives. C'est une raison de plus de déclarer ce compte sur le formulaire 3916.
Les citoyens américains. Si vous avez la nationalité américaine, les États-Unis continuent de vous imposer quelle que soit votre résidence. La convention organise alors l'articulation des deux impôts ; c'est un cas qui demande une analyse dédiée.
Trois idées reçues à écarter
- « La convention exonère les revenus de ma LLC en France. » Non. Pour un résident français sans établissement stable aux États-Unis, l'article 7 réserve justement l'imposition à la France.
- « L'article 7 prouve que la France reconnaît la transparence de la LLC. » Non. L'article 7 répartit le droit d'imposer entre États ; il ne dit rien de la qualification française de la LLC, qui relève du droit interne ; depuis la décision Carmejane de 2025, elle tend vers l'assimilation à une société de capitaux.
- « Résident nulle part, je ne relève d'aucune convention. » Une convention ne s'applique qu'aux résidents d'un des deux États. Sans résidence établie, vous ne pouvez pas l'invoquer, et la France peut continuer à vous considérer comme résident si un critère de l'article 4 B du CGI reste rempli.
Ce que nous faisons pour vous
Côté américain, nous vérifions avec vous que l'activité de votre LLC ne crée pas d'établissement stable aux États-Unis, nous remplissons ses obligations auprès de l'IRS, Form 5472 compris, et nous vous indiquons quel formulaire W-8 remettre à vos payeurs. Côté français, l'analyse de votre imposition relève d'un professionnel exerçant en France, vers lequel nous vous orientons lorsque votre situation le demande.
Vous hésitez sur votre résidence ou sur l'imposition de vos revenus américains ? Décrivez-nous votre situation : nous vous disons ce qui relève de la convention et ce qui relève du droit français.
Exposer ma situationQuestions fréquentes
La convention France-États-Unis exonère-t-elle les revenus de ma LLC ?
Non. Pour un résident fiscal français dont la LLC n'a pas d'établissement stable aux États-Unis, l'article 7 réserve l'imposition des bénéfices à la France. La convention évite une double imposition ; elle ne supprime pas l'impôt dans votre pays de résidence.
Ma LLC est-elle résidente des États-Unis au sens de la convention ?
Une LLC à associé unique détenue par un non-Américain n'est pas résidente au sens de l'article 4, car ses revenus ne sont pas imposés aux États-Unis comme ceux d'un résident. C'est la résidence de son associé qui compte.
Quand la convention me sert-elle concrètement ?
Pour réduire la retenue américaine sur des dividendes, intérêts ou redevances de source américaine (via le formulaire W-8BEN), pour départager une double résidence, et, si vous êtes citoyen américain, pour articuler les deux impôts.
L'administration française peut-elle savoir que j'ai un compte aux États-Unis ?
Elle peut en obtenir. La convention organise l'assistance administrative entre les deux administrations, qui peuvent échanger des renseignements sur demande ; l'échange automatique de l'accord FATCA de 2013 est plus limité côté américain. Votre obligation de déclarer le compte sur le formulaire 3916 existe indépendamment de ces échanges.
Quelle est la date de la convention en vigueur ?
La convention a été signée à Paris le 31 août 1994 et est entrée en vigueur le 30 décembre 1995. Elle a été modifiée par des avenants signés en 2004 et en 2009.
Une LLC structurée pour rester simple des deux côtés
Activité vérifiée au regard de l'établissement stable, obligations IRS remplies, formulaires W-8 au bon nom : vous partez sur une base claire.
Demander un devis gratuitSources officielles
- Convention fiscale France-États-Unis du 31 août 1994 (Légifrance, décret n° 96-222 du 15 mars 1996) : articles 4, 5, 7 et 24
- Avenant du 8 décembre 2004 (Légifrance)
- Avenant du 13 janvier 2009 (Légifrance, décret n° 2010-28)
- Article 4 A du CGI (Légifrance) : imposition des résidents sur l'ensemble de leurs revenus
- Article 155 A du CGI (Légifrance)
- CE, 12 novembre 2025, n° 502894, Carmejane LLC (Légifrance)
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